LA REPONSE AU GENERAL NEZZAR

Pour commencer, dois-je avouer en toute humilité, que c’est avec un réel déplaisir que je prends le stylo pour répondre au Général NEZZAR. Durant toute la période où il m’avait été donné de le côtoyer et de travailler avec lui comme Chef du Gouvernement, nos rapports étaient d’une affabilité de bon aloi. Il n’y eut jamais un mot de trop dans nos échanges de vues et une nette harmonie semblait exister entre nous dans les décisions arrêtées dans le cadre de l’action gouvernementale qui nous réunissait au service d’une même cause. Aussi, suis-je peiné, aujourd’hui, d’avoir à relever et à réfuter des allégations qu’il forme à mon encontre dans le texte qu’il a remis à certains organes de presse sous le titre d’une « mise au point » qu’il me destine à la suite de la diffusion de mon livre intitulé : « Pour rétablir certaines vérités sur treize mois à la tête du Gouvernement ».

Ce titre n’a pas été choisi au hasard. Il correspond à une nécessité qui s’impose à moi. Car, le Général NEZZAR, qui connaît les effets de la calomnie et des attaques injustifiées et non fondées, ne peut ignorer que, de mon côté aussi, j’ai fait l’objet de multiples campagnes tendant à déprécier l’action de mon Gouvernement, à dénigrer ma personne et à rabaisser tout crédit attaché à ma qualité de militant et de responsable. Face au déversement d’insanités et de méfaits dont on voulait m’atteindre, j’ai essayé de faire le dos rond et de ne pas me placer au niveau, de mon point de vue, très bas de mes contempteurs successifs. Cependant, le jour où celui qui avait porté la qualité de porte parole de l’ANP, de Conseiller du Ministre de la Défense Nationale et auquel la rumeur publique, relayant des sources proches des milieux autorisés du pouvoir, attribue le rôle de « Mokh » de notre direction politique nationale, a cru pouvoir affirmer sous sa signature et dans un écrit public que mon Gouvernement avait été limogé en raison de l’échec de sa politique économique, il m’a paru de mon devoir de lui répondre de manière circonstanciée et par des arguments incontestés et vérifiables, en m’appuyant sur des documents publics que ne protège aucun secret d’Etat, mais que l’on dissimule délibérément à notre opinion, c’est-à-dire, aux Algériens, ces Algériens que l’on tente, ce faisant, de tromper. Telle est la raison d’être de mon livre avec les annexes qui y sont jointes, ainsi que de sa diffusion par le moyen susceptible d’atteindre le maximum d’Algériens désireux d’être informés aussi objectivement que possible sur la conduite des affaires de leur pays.

Je sais qu’en choisissant cette façon de faire connaître mon point de vue, je m’expose à beaucoup de reproches, notamment, celui de recourir à l’écrit dans un pays que l’on dit attaché à la tradition orale, laquelle tradition orale, comme on le sait, favorise la rumeur incontrôlée. Mais, ne disposant pas de relais pour agir en concevant et en impulsant la rumeur, et aussi par une formation d’esprit accordant du prix à l’authenticité de l’information et à la solidité des témoignages qu’apportent les faits, j’ai opté pour l’écrit et pour la contre-attaque par des textes qui m’engagent autant que faire ce peut.

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Je conçois parfaitement que le Général NEZZAR éprouve le besoin de manifester sa solidarité envers quelqu’un qui avait été l’un de ses collaborateurs les plus proches. Je n’éprouve aucune gêne à recevoir des critiques ou même à écoper des remontrances de la part d’un homme qui avait été mon supérieur hiérarchique et qui m’avait investi d’une haute responsabilité ; mais, il m’est extrêmement pénible de relever parmi les reproches qu’il m’adresse des faits qui n’ont jamais existé et qui relèvent de l’affabulation pure et simple. Compte tenu de la distance dans le temps par rapport à la période correspondant aux responsabilités qu’il m’avait été donné d’exercer sous l’autorité du Général NEZZAR, il n’est pas exclu que des lacunes apparaissent dans sa mémoire et que des esprits mal intentionnés profitent de ces lacunes pour encombrer la mémoire du Général NEZZAR d’éléments imaginaires dans le but d’amener ce dernier à épouser leur cause et leurs querelles. Aussi, ma réaction sera-t-elle de rétablir la vérité et d’apporter le démenti le plus catégorique aux manigances par lesquelles on tente de m’atteindre, en se cachant derrière la stature du Général NEZZAR.

Le Général NEZZAR se lance, tout au long de son texte dit de « mise au point », dans un plaidoyer en faveur de la manière dont il avait exercé ses responsabilités et en faveur du HCE qu’il m’accuse d’avoir dévalorisé. Je n’ai rien à dire au sujet de ce qu’il affirme concernant son rôle ou de celui du HCE. Sans rien retirer, bien évidemment, de ce que j’ai écrit sur ces points dans mon livre. Pour ma part, il me revient de reprendre certaines de ses affirmations me concernant personnellement, traitant d’affaires auxquelles j’avais été mêlé ou bien encore critiquant des attitudes et des assertions qui me sont attribuées à tort par lui-même, sinon par ceux auxquels il a prêté l’oreille.

1°/ Je n’ai jamais imputé à d’autres qu’à NEZZAR lui-même et à ses collègues « décideurs » ma fin de mission comme Chef du Gouvernement. Je défie quiconque de citer un de mes écrits où j’aurais prétendu que le Général TOUATI avait été le responsable direct de mon limogeage. Par contre, j’ai écrit et je continue de penser que ce dernier avait intrigué dans ce sens. Du reste, en se rapportant à son interview au quotidien El Watan daté du 27 septembre 2001, le Général TOUATI semble même ne pas s’en cacher, pour ne pas dire qu’il s’en prévaut. Je ne suis nullement comptable des propos colportés par des journalistes qui m’attribuent à tort des propos qui ne sont pas les miens afin d’animer la « une » de leurs journaux, de la même manière que le Général NEZZAR paraît ignorer les rumeurs courant à travers les cénacles de la capitale sur celui qui serait le réel instigateur de la cabale ayant obtenu « ma peau » en poussant à « la fin de ma mission ».

2°/ En écrivant que notre « économie était moribonde, minée par les germes destructeurs des options des décennies 1960 et 1970 », le Général NEZZAR dévoile qu’elles étaient ses options, à lui, qui tout au long de son texte ignore le terme même de Révolution, sauf quand il le situe dans les idées ou dans la suite des affirmations qu’il m’attribue à tort ou qu’il reprend dans le cours de mon livre. Cependant, puisqu’à travers ses propos, le Général NEZZAR dévoile la haine sourde qu’il nourrit à l’égard de BOUMEDIENE, je voudrais simplement dire que celui-ci, au moment de sa mort aux causes non encore élucidées, avait laissé un pays debout. Son erreur réside essentiellement dans la double lacune de son action, double lacune par laquelle, d’une part, il avait laissé subsister après lui un système politique d’où ont émergé ceux qui s’étaient acharnés à détruire ses réalisations, à déprécier son œuvre …/…

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…/… et à discréditer sa personne ; d’autre part, il n’avait pas préservé l’ANP des formes d’organisation et de commandement qui ont fini par amener celle-ci à avoir comme organe de conception de sa stratégie politique le « mokh » du Général TOUATI ; l’Algérie et l’ANP, l’héritière de l’ALN, méritaient vraiment mieux. Je préfère, sur tous ces points, m’abstenir de tout commentaire et laisser au public algérien le soin de porter sur eux l’opinion qui vient à l’esprit de chacun. Toutefois, pour moi la question se pose : le Général NEZZAR se considérerait-il comme étant vraiment fondé à critiquer BOUMEDIENE ?

3°/ Le Général NEZZAR revendique pour son propre compte autant que pour celui de ses collègues du HCE le choix de la voie du rééchelonnement.

Cette revendication me paraît, plutôt, devoir être présentée à tous les Algériens qui en connaissent les résultats mieux que quiconque. Elle est à présenter surtout à tous ceux auxquels on avait promis, en se prévalant du HCE, que le rééchelonnement apporterait le pactole financier qui permettrait d’ouvrir, à travers l’Algérie, des centaines, sinon des milliers de chantiers qui relanceraient l’économie, réduiraient notablement le chômage par la création de milliers d’emplois et, en fin de compte, dissuaderaient nos jeunes de rejoindre les maquis de la subversion. Tout le monde sait aujourd’hui qu’il avait fallu attendre la « Rahma » et la « concorde nationale », toutes deux intervenues après le HCE, pour commencer à voir s’amorcer le retour au bercail de beaucoup des jeunes qui étaient montés dans nos montagnes rejoindre ceux qui avaient espéré pouvoir détruire notre Etat.

Pour ma part, je ne peux taire ma déception de voir celui qui reconnaît avoir assuré le rôle de principal responsable du pays en sa qualité de patron de l’ANP, le Général NEZZAR, revendiquer le recours au rééchelonnement et pratiquement s’en glorifier, au moment où le FMI se trouve en déclin à travers le monde et, en particulier, au sein même des pays occidentaux. Je regrette que le Général NEZZAR semble ignorer les nombreuses voix qui, de partout, se lèvent pour dénoncer la nocivité des politiques pratiquées par le FMI, notamment, à travers les fameux ajustements structurels dont l’Algérie avait été l’une des victimes à la suite du rééchelonnement réalisé après le renvoi de mon Gouvernement. A suivre le même Général NEZZAR, la décision de recourir à ce rééchelonnement lui incombe personnellement avec ses collègues du HCE, avec l’alibi technique que leur avait fourni le séminaire d’experts qu’ils avaient réunis pour les besoins de la cause, c’est-à-dire de leur cause, de la même manière que jadis, Ponce Pilate avait su se procurer le serveur idoine qui, selon la tradition chrétienne, lui avait apporté l’eau pour se laver les mains du sang du Christ crucifié.

4°/ Ma rencontre avec le Président Ali KAFI et le Général NEZZAR à Dar El Afia le samedi 4 juillet 1992 à 17 heures

La première rencontre, comme il le reconnaît, avait bien eu lieu à « Dar El Afia » villa relevant du Ministère de la Défense Nationale et se situant non loin de mon domicile. Comme je l’avais indiqué dans mon livre, cette rencontre eut lieu le samedi 4 juillet 1992 à 17 heures. Auparavant, vers la mi-journée de ce samedi, un haut fonctionnaire était venu de la part du Président Ali KAFI me faire savoir que ce dernier et le Général NEZZAR me fixaient rendez-vous à la villa et à l’heure sus-indiquées. Lui ayant dit que je m’y rendrais à pied, il m’avait répondu qu’il avait …/…

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…/… instruction de venir lui-même me prendre dans sa voiture pour me conduire au lieu du rendez-vous. Quelques minutes avant dix-sept heures, le haut fonctionnaire envoyé par le Président Ali KAFI s’était présenté de nouveau chez moi et m’avait effectivement conduit dans la villa « Dar El Afia » où j’arrivais en même temps que le Président Ali KAFI et le Général Khaled NEZZAR. Nous étions donc, ce jour-là, réunis tous les trois dans la villa « Dar El Afia ». Pourquoi, alors, le Général NEZZAR conteste-t-il la présence du Président du HCE à la rencontre où nous nous trouvions à trois ?

- S’agit-il d’un trou de mémoire dans l’esprit du Général NEZZAR ? Ce qui me paraît plausible, compte tenu du temps qui nous sépare aujourd’hui du samedi 4 juillet 1992, jour de notre rencontre et des multiples activités assumées par le Général NEZZAR depuis cette date ;

- ou bien, pour le Général NEZZAR, le Président Ali KAFI serait-il devenu aujourd’hui une non-personne dont la présence ne serait que virtuelle, c’est-à-dire inexistante, pour ne pas dire insignifiante ?

- en tout cas, quelle que soit l’autorité au nom de laquelle il déclare actuellement avoir parlé, c’était lui, le Général NEZZAR qui, effectivement, après les salutations et les présentations d’usage, - car c’était la première fois que je faisais personnellement sa connaissance, - prit l’initiative de la discussion, en me présentant un panorama de ce qu’était la situation dans le pays, notamment sur le plan sécuritaire. Je rappelle que l’objet que l’envoyé de la Présidence m’avait indiqué que la raison de ma convocation à cette rencontre, était une consultation concernant la situation en Algérie. A mon tour, j’avais donné ma vision des choses relativement au sujet de nos conversations. Le Président Ali KAFI, sans doute s’en tenant à la conception qu’il se faisait de son rôle de Président, se contentait de suivre la discussion sans y intervenir, sauf par quelques remarques formulées de temps en temps et brièvement au cours des échanges de vue entre le Général NEZZAR et moi. Dans mon exposé, j’avais rappelé les idées que j’avais exposées à quelqu’un d’autre qui, six mois auparavant, c’est-à-dire au moment où l’on discutait de l’arrêt du processus électoral, était venu me parler de ce qui se préparait. J’avais, en particulier, reprit l’idée de la proclamation de l’état d’exception. Je renvoie, sur ce sujet, à ce que j’écris dans mon livre.

A l’issue de cette discussion, comme lors du jour où l’on m’avait notifié la fin de ma mission, le Président Ali KAFI prend la parole pour m’annoncer que lui-même et le Général NEZZAR étaient venus me demander de prendre la direction du Gouvernement. Pour le reste, se rapporter à mon livre. J’ajoute simplement que le Président Ali KAFI m’avait indiqué que le changement du Gouvernement avait été décidé par le Président BOUDIAF. Celui-ci devait l’effectuer le mois de juin précédent ; mais, il avait décidé de reporter cette opération à la rentrée suivante, afin de consacrer ses efforts pendant les mois de l’été à la préparation du lancement effectif du mouvement qu’il avait décidé de créer, le RPN. Après son décès, Ali KAFI avait dit qu’ils avaient décidé de procéder à ce changement immédiatement.

Pourquoi le Général NEZZAR affirme-t-il maintenant que ce jour-là, je l’avais rencontré en tête-à-tête, sans la présence du Président Ali KAFI ? C’est là pour moi …/…

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…/… une énigme que je ne m’explique pas. Sans doute, le portail de la villa « Dar El Afia » et les portes de cette villa à travers lesquels nous étions entrés tous les trois, les meubles de la salle dans laquelle nous étions assis à trois ne peuvent pas parler, ni se souvenir. Mais, les personnes qui avaient conduit les voitures dans lesquelles nous étions arrivées, les gardes du corps accompagnant le Président KAFI et le Général NEZZAR ainsi que le personnel de la villa qui nous avait servi des boissons doivent avoir gardé dans leur mémoire les images de notre triple présence dans les salons de la villa « Dar El Afia » ce samedi 4 juillet 1992 à partir de 17 heures. Toutes ces personnes ne manqueront pas de s’étonner de lire ce que le Général NEZZAR écrit dans sa mise au point.

Après notre séparation, chacun partit de son côté et je gardais le contact uniquement avec le Président Ali KAFI jusqu’au mercredi suivant 8 juillet 1992, jour où nous nous étions retrouvés autour de la table de travail du HCE pour l’annonce officielle de ma nomination à la tête du Gouvernement.

J’avais appris, par la suite, ce qui s’était passé au sein du HCE, quand le Président Ali KAFI et le Général KEZZAR annoncèrent à leurs collègues qu’ils m’avaient proposé de prendre la tête du Gouvernement. D’emblée, le regretté Docteur Tedjini HADDAM fit part de son approbation avec un certain enthousiasme. Ali HAROUN, lui, manifesta son opposition, en disant qu’avec moi à la tête du Gouvernement, ce serait le retour au passé, c’est-à-dire, à la période BOUMEDIENE pour lequel il manifeste toujours une certaine aversion, mais qu’il avait été heureux de servir à sa manière lorsqu’il était le maître du pouvoir. Rédha MALEK, après avoir manifesté sa moue habituelle, finit par donner son approbation et le soir du dimanche suivant 5 juillet, le Président Ali KAFI m’annonça par téléphone que le HCE avait approuvé ma nomination. Tels sont les faits tels qu’ils s’étaient déroulés. Quelles motivations poussent aujourd’hui le Général NEZZAR à en contester la réalité ? En tout cas, à postériori et bien malgré lui, il confirme que c’est bien l’armée qui m’avait choisi, comme prétendent que je l’aurais affirmé près d’une année plus tard, au cours de mon intervention devant les cadres de la Wilaya d’Alger, ceux qui veulent déformer mes propos. Si comme le dit à tort le Général NEZZAR, je m’étais trouvé ce jour-là en tête à tête avec lui, j’aurais eu bien des raisons de penser que la décision de ma nomination venait d’abord de l’armée, puisqu’en face de moi, ce jour-là, le Général NEZZAR, dans son uniforme ne pouvait pas ne pas m’apparaître comme étant d’abord et surtout le représentant mandaté de l’ANP. Même si comme il l’affirme, il aurait parlé au nom du HCE, quiconque se serait trouvé ce jour-là en face de lui seul, comme il le dit, sanglé dans son uniforme de Général, dans une villa relevant du Ministère de la Défense Nationale, n’aurait-il pas pensé avoir en face de lui l’ANP et non le HCE ? J’imagine mal le Général NEZZAR répétant à son interlocuteur, autrement dit à moi : « attention ! je parle au nom du HCE et non au nom de l’armée ». Cela aurait été, du reste, la meilleure façon de confirmer qu’il parlait au nom de l’armée. Mais, trêve de plaisanterie, ces facéties ridicules ne sont que le reflet de la tentative du Général NEZZAR de nier la réalité, celle d’une rencontre à trois, le HCE en tant que tel n’ayant été avisé de la proposition de me nommer à la direction du Gouvernement qu’au lendemain de la rencontre à la villa « Dar El Afia ».

Le Général NEZZAR veut-il dissiper l’impression existant chez tous les observateurs que le HCE n’était pas le véritable centre de décision, pour les mesures capitales engageant la vie du pays ? Dans ce cas, pourquoi nie-t-il la présence du …/…

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…/… Président Ali KAFI le jour où me fut proposée la direction du Gouvernement, alors que ce fut ce dernier qui m’en fit part ? Lui en veut-il encore à la suite de la parution de ses mémoires en tant que militant et chef de wilaya pendant notre guerre de libération nationale ? Je demeure à la fois stupéfait et perplexe au sujet de cette position inattendue et particulièrement bizarre du Général NEZZAR.

En conclusion, tout le récit que fait le Général NEZZAR de notre prétendue rencontre en tête à tête dans la villa « Dar El Afia » n’est rien d’autre qu’une affabulation. A un aucun moment, je ne me souviens que le cours de la conversation que nous avions menée à trois, le Président Ali KAFI, le Général NEZZAR et moi, m’avait conduit à dire que « dans tous les cas de figure, je m’adapterais ». Cette phrase, du reste, dans l’hypothèse même où je l’aurais effectivement prononcée, telle que la rapporte l’ancien Ministre de la Défense Nationale et extraite de son contexte, n’a aucune signification. Au demeurant, un tel contexte ne pourrait même pas avoir un semblant d’existence, puisqu’il s’agit d’une conversation que le Général NEZZAR décrit dans le cadre d’un face à face qui aurait eu lieu à deux, alors que la rencontre de Dar El Afia s’était tenue à trois.

Le Général NEZZAR écrit, donc, que je me serais engagé par ces « mots » : « Dans tous les cas de figure, je m’adapterais », quand il m’avait fait remarquer que le monde avait changé ». Comme il n’explique pas, dans son texte, ce qu’il entendait par ses mots : « le monde avait changé », pour moi, il ne pourrait s’agir, dans cette conversation imaginaire à deux puisqu’elle n’avait pas existé, que de l’évolution intervenue à travers le monde en ce qui concernait l’organisation et le fonctionnement des activités économiques. Si les préoccupations de Khaled NEZZAR étaient de tenir compte de cette évolution dans la mise en œuvre de l’action de mon Gouvernement, ce qu’avait énoncé mon programme en matière de réformes à promouvoir et ce que l’esquisse de bilan de mon action gouvernementale décrite dans mon livre suffisent à montrer que je m’étais largement « adapté » à l’évolution du monde par rapport aux conceptions que nous avions suivies dans le passé en matière de développement et de fonctionnement de notre économie. Cependant, tout semble indiquer que, pour Khaled NEZZAR, s’adapter au monde qui avait changé, c’était s’engager dans la voie grande ouverte à une libération débridée consistant essentiellement à prendre toutes les mesures donnant le libre cours le plus effréné à l’import export. Evidemment, inutile de souligner que si telle était l’adaptation que le Général NEZZAR attendait de moi, je m’y étais complètement opposé.

Ou alors, cette phrase du Général NEZZAR sur le monde qui avait changé et sur ma supposée promesse de m’y adapter « dans tous les cas de figure », ne serait-elle qu’un simple montage imaginé pour les besoins de la cause du Général TOUATI ? Bien des gens ne seraient pas loin de le penser, quand on sait tous les machiavélismes qu’ils attribuent à certains hommes de notre système, quand ils sont pris de court dans leurs manigances. Je clos ainsi cet épisode de la mise au point du Général NEZZAR et je laisse celui-ci face à face avec sa conscience. Je rappelle que tout cela se serait déroulé dans le cadre d’une conversation qui se serait tenue à deux, ce qui est complètement faux.

5°/ Continuant sur sa lancée, le Général NEZZAR indique le nombre de fois où nous eûmes l’occasion de nous rencontrer. Je n’ai pas gardé la comptabilité complète de …/…

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…/… mes rencontres avec lui ; mais, il y a au moins quatre rencontres dont je me souviens parfaitement : l’une ce fut quand j’étais allé le voir pour lui témoigner ma solidarité et exprimer une prière à Dieu le jour où il fut victime de l’attentat qui l’avait visé sur le trajet le conduisant au siège de son Ministère ; une autre rencontre fut celle où il était venu me rendre visite dans ma villa « Djenane El Mefti » pour m’annoncer son remplacement au Ministère de la Défense Nationale, m’expliquant le sens qu’il donnait à ce remplacement, en m’informant que lui se réservait pour la transition lors de laquelle il garderait KAFI avec lui et que moi-même j’étais retenu pour être le candidat à la prochaine élection présidentielle. Ce fut à cette occasion que j’avais évoqué avec lui toutes les interprétations que certains organes de presse donnaient à mes propos, lors de mon intervention à l’Hôtel de Ville d’Alger disant que je m’étais engagé avec l’armée. « Cela nous gêne un peu », m’avait-il dit et je lui avais répondu que je ne pouvais tout de même pas affirmer aux gens que j’avais été amené par HAROUN à la tête du Gouvernement. La troisième rencontre dont je me souviens encore et que Rédha MALEK m’avait annoncée à l’avance, fut celle où nous nous étions de nouveau retrouvés à trois, cette fois dans le bureau du Président Ali KAFI à la Présidence. Au cours de cette rencontre, Rédha MALEK m’avait prévenu que j’allais recevoir des remontrances pour avoir publié, sans consulter au préalable le HCE, un communiqué au sujet du scandale révélé par la presse italienne sur le versement d’une commission concernant le contrat de vente de gaz naturel algérien à l’Italie. Parlant encore cette fois-ci seul, le Général NEZZAR m’avait indiqué que nous devions gouverner à trois et coordonner notre action à cet effet. Une autre rencontre dont je me souviens était celle qui avait eu lieu à l’occasion de la visite qu’il m’avait rendue dans la villa Djenane El Mefti avant son voyage en Arabie Séoudite. Nous avions parlé de l’objet de son voyage ainsi que d’autres questions liées à nos activités respectives.

Pour ce qui est de l’une des rencontres que j’avais tenue avec lui au siège de son Ministère et au cours de laquelle il m’avait parlé du cas du journal « El Watan », son intervention n’avait concerné que la suspension de ce journal ; quant à l’incarcération du directeur de ce journal, il sait parfaitement bien que le responsable de cette incarcération était son collègue, le Général Abbès GHEZIEL et non moi, à moins que là aussi, un trou de sa mémoire l’ait amené à m’attribuer un acte dont je n’étais pas responsable et même à me croire doté d’un pouvoir dont il savait que je n’étais pas pourvu. La meilleure preuve que je n’avais pas ce pouvoir n’est-elle pas dans le fait que la procédure pénale ouverte contre le quotidien EL WATAN et ses journalistes s’était poursuivie bien au-delà de mon départ du Gouvernement et même largement après la fin du mandat du HCE et la mise à la retraite du Général NEZZAR ?

6°/ Le problème de la dette tel que le présente le Général NEZZAR à travers le texte de sa « mise au point ».

- Il dit se rappeler que « nous empruntions pour rembourser les services de la dette que nous devions honorer chaque trimestre ». Ayant fait partie de plusieurs gouvernements dont le mien, le Général NEZZAR ne dit pas ou bien s’abstient volontairement de préciser la période ou les périodes où nous devions emprunter chaque trimestre pour honorer les services de la dette. Il est vrai que durant le Gouvernement HAMROUCHE, il avait fallu procéder à des prouesses financières en vue d’éviter de tomber dans le cas de banqueroute qui nous aurait valu des désagréments sérieux sur le plan …/…

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…/… international. Cette situation difficile s’était normalisée pendant la période du Gouvernement GHOZALI, grâce aux emprunts substantiels obtenus, en partie sous les Gouvernements MERBAH et HAMROUCHE, de l’Italie, de la Communauté Européenne et du Japon bien que les capitaux fournis par ce dernier ont été intégrés dans un consortium piloté par le Crédit Lyonnais Français. Durant mon Gouvernement, notre situation financière était serrée, mais était demeurée saine. Aucun suspens ne figurait dans les tableaux périodiques de notre Banque Centrale pendant la durée de mon Gouvernement. Les statistiques communiquées par la Banque d’Algérie à la fin de mon Gouvernement et même quelques jours après la passation des pouvoirs avec Rédha MALEK, établissaient bien que je laissais à mon successeur une réserve globale de deux milliards quarante cinq millions cinq cent mille dollars US à la date du 20 août 1993, correspondant au dernier jour ouvrable des places financières internationales avant le départ officiel de mon Gouvernement intervenu le lendemain 21 août. Cette somme se décomposait comme suit : un milliard deux cent soixante seize millions cinq cent mille dollars constituant le montant des devises déposées auprès de la Banque d’Algérie ; sept cent neuf millions cinq cent mille dollars US acquis par swaps sur l’or et, enfin, cinquante neuf millions cinq cent mille dollars représentant le produit d’un emprunt à court terme. Le Général NEZZAR suivi par le Général TOUATI affirment, sur la foi des indications que leur aurait communiqué le conseiller économique de la Présidence, que sur la somme de 1.276,5 millions de dollars US représentant le montant en devises détenu par la Banque d’Algérie, en dehors du montant résultant du swap sur l’or, une grande partie représentait les dépôts en devises appartenant à des privés et pouvant être retirés à tout moment et ouvrir un trou béant dans nos réserves de change. Cependant, quand on parle chiffres en matière de nos réserves en devises, on doit citer des chiffres précis, en donner l’origine et en situer la date exacte ; or, le 27 septembre 2001, le Général TOUATI indiquait que selon le conseiller de la Présidence, ces dépôts privés étaient de l’ordre de six cents millions de dollars US ; maintenant, dans le texte qu’il a livré récemment au journal « Le Soir d’Algérie » daté du 30 juillet 2007, il affirme que le montant de ces dépôts était d’un milliard de dollars US. Dans sa mise au point publiée dans le quotidien « El Watan » daté du 2 août courant, le Général NEZZAR écrit que le montant de ces mêmes dépôts privés oscillait entre six cent millions et neuf cents millions de dollars. Qui dit la vérité ? D’où proviennent ces divagations dans les chiffres ? Faut-il être amené à penser que ceux qui avaient concocté, fait conclure ou conclu l’accord de rééchelonnement sont pris de panique à la suite de l’effondrement de la casuistique politico-financière par laquelle ils avaient tenté de justifier le recours au FMI, alors que l’Algérie était en mesure de se passer des désastreuses « conditionnalités » de ce dernier ? Faut-il donc déduire que la panique qui se serait emparé d’eux les conduit à avancer n’importe quoi, en prenant la précaution de faire porter le chapeau de leurs divagations au pauvre BOUZIDI ? Je suis d’autant plus tenté de le penser, lorsque je lis ce passage de la mise au point du Général NEZZAR par lequel il affirme tout de go : « le milliard de dollars de plus que le Chef du Gouvernement dit avoir laissé dans les caisses, représentait en réalité des dettes non honorées à échéance selon des procédés techniques que seuls les financiers connaissent. Ils évitaient ainsi la déclaration d’insolvabilité ». D’où le Général NEZZAR …/…

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…/… tire-t-il une telle assertion qui est un énorme mensonge ? Faut-il, donc, à le suivre, considérer comme des faux les tableaux statistiques fournis, à l’époque du départ de mon Gouvernement, par la Banque d’Algérie ? Ces statistiques montrent que ce que le Général NEZZAR appelle les « dettes non honorées à échéance selon des procédés techniques que seuls les financiers connaissent », et que ces financiers nomment des « suspens », avaient disparu des registres de la Banque d’Algérie depuis septembre 1992. Les tableaux fournis par notre Banque Centrale, couvrent tout le mois d’août et les trois premiers jours de septembre 1993 ; ils ne montrent aucune dette arrivée à échéance et non honorée. Ne serait-t-on donc pas en droit de s’interroger si l’allégation du Général NEZZAR rappelée ci-dessus ne résulte pas d’une modification, pour ne pas dire d’une falsification des chiffres fournis en septembre 1993 par la Banque d’Algérie, falsifications effectuées suivant des procédés dont seuls les informateurs ou les assistants du Général NEZZAR connaîtraient la nature et le secret ? La présence à la direction de la Banque d’Algérie d’un haut responsable lié par parenté au Général TOUATI ne constituerait-elle pas une raison de douter de la fiabilité des chiffres cités aussi bien par le Général NEZZAR que par celui qui fut l’un de ses collaborateurs immédiats au Ministère de la Défense Nationale ? En annexes de mon livre, j’ai fourni des copies de documents d’origine officielle. En contrepartie, Khaled NEZZAR et Mohamed TOUATI avancent des assertions ne reposant sur rien d’autre que des informations attribuées au conseiller de la Présidence que l’on m’avait proposé de prendre comme Ministre de l’Economie, afin d’en faire, un « fusible » en cas de besoin, selon un propos accompagnant cette proposition. Le pauvre Conseiller BOUZIDI est-il devenu maintenant le « fusible » grillé pour donner un semblant de crédibilité aux allégations du Général NEZZAR et de celui dont il avait fait le « mokh » de notre ANP ? Je préfère ne pas suivre plus avant le Général NEZZAR dans les divagations qu’il reprend à son compte et à mon grand regret, sur l’état de nos réserves en devises au moment de mon limogeage comme Chef du Gouvernement le 21 août 1993. Je lui dis seulement, s’il dispose de documents officiels à ce sujet, qu’il les exhibe et qu’il dise pour quelles raisons ils n’avaient pas été communiqués en leur temps et à temps au Chef du Gouvernement et au Ministre de l’Economie que j’étais jusqu’au 21 août 1993. Il serait également utile de se référer sur ce sujet, aux chiffres publiés annuellement par la Banque Mondiale dans son rapport sur la dette extérieure et les finances des pays en voie de développement.

Il est cependant un fait sur lequel le Général NEZZAR demeure muet : c’est l’annonce faite au mois de janvier 1994 que l’Algérie n’honorait que partiellement le remboursement de sa dette extérieure. Est-ce, alors, autour de ce mois de janvier 1994 qu’il convient de situer la période où, selon le Général NEZZAR, nos financiers se livraient à ces « procédés techniques » qu’ils étaient les seuls à connaître ? On sait qu’au départ de mon Gouvernement, il n’était pas nécessaire de retarder le versement de nos dettes arrivées à échéance, puisque, selon les tableaux en provenance de la Banque d’Algérie et dont j’ai publiés des copies en annexe à mon livre, l’Algérie avait de quoi honorer ses dettes. Aucun « suspens » n’était signalé au niveau de notre Banque Centrale où les réserves se chiffraient à plus de deux milliards de dollars, sans compter la valeur représentée par le stock d’or …/…

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…/… encore disponible et en possession de notre Banque Centrale. Notons au passage qu’un journal financier international signalait récemment que l’Algérie est le pays arabe qui détient le plus important stock d’or. Si donc en janvier 1994, l’Algérie avait suspendu le remboursement d’une partie de sa dette, il devient évident qu’elle avait largement entamé sinon épuisé totalement les deux milliards de dollars laissés en caisse à la date de la fin de ma mission comme Chef du Gouvernement. Qu’étaient devenus, par ailleurs en ce mois de janvier 1994, les dépôts en devises appartenant à des privés ? Aurait-on donc utilisé de l’argent appartenant à des « épargnants » privés pour honorer les échéances de l’Etat ? Cette fonte rapide de nos réserves en devises, comme le notait le journal « Le Monde » daté du 31 janvier 1994, n’aurait-elle pas été la conséquence de la renonciation, progressive ou totale, par le Gouvernement qui avait succédé au mien, au rôle joué par le comité « ad hoc » pour le contrôle et la limitation de nos importations ? N’est-on pas, alors, en droit de s’interroger si ce relâchement de la bride du comité « ad hoc » n’avait pas été effectuée sciemment afin d’arriver rapidement à une situation de crise suscitée de manière délibérée en vue de justifier aux yeux de notre opinion le recours au rééchelonnement ? Ne fût-ce donc pas, répétons-le, au début de l’année 1994 que nos financiers de la Banque d’Algérie parce qu’on les y avaient contraints, avaient utilisé les procédés que décrit Khaled NEZZAR pour éviter la déclaration d’insolvabilité ? En croyant décrire une situation accusant mon Gouvernement, le Général NEZZAR dévoile la manigance créant plutôt une situation qui l’accuse personnellement avec tous ceux qui avaient poussé l’Algérie sur la voie du rééchelonnement. Tel est pris qui croyait prendre dit le proverbe. Khaled NEZZAR aurait gagné à méditer ce proverbe avant d’écrire sa mise au point et de se lancer dans les diatribes dont il croit m’accuser.

7°/ Le Général NEZZAR raconte à sa manière mes rencontres avec lui et le HCE en juillet 1993. De nouveau, il m’est pénible de relever, dans le putatif récit qu’il fait de ces rencontres, des affabulations caractérisées.

- En premier lieu, la première de ces rencontres eut lieu le 18 juillet 1993 avec le HCE dans son ensemble pour un ordre du jour ne comportant aucunement l’examen d’une « situation de cessation de paiements imminente » comme il l’écrit. Les séances du HCE étant enregistrées sur bande magnétique, celle-ci pourrait être consultée à la Présidence de la République dans la mesure où les archives n’auront pas été falsifiées, afin de permettre à ceux qui avaient précipité l’Algérie sous les fourches caudines du FMI, d’effacer les traces de leurs actes ;

- Ensuite, le surlendemain de cette réunion, nous nous étions retrouvé à trois, le Président Ali KAFI, le Général Khaled NEZZAR et moi-même à la résidence du Chef de l’Etat sur le bord de mer pour un déjeuner. Que le Président du HCE et le Général NEZZAR fussent venus à ce déjeuner comme mandatés par tout le HCE, je l’ignore, puisque personne ne m’avait parlé alors d’un tel mandat. Il n’avait été nullement question, ni au cours de nos conversations à trois, ni à l’occasion de nos apartés d’une quelconque menace d’une situation de cessation de paiements immédiate. Par contre, nous avions parlé essentiellement du remaniement du Gouvernement avec, comme arrière fond à nos discussions, le recours au FMI pour le rééchelonnement. Khaled NEZZAR semblait être le plus pressé d’arriver à un accord sur ce rééchelonnement.

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Ce fut au cours de ce déjeuner que le Général NEZZAR parlant, évidemment, à la première personne du pluriel, me déclara d’abord que nous avions besoin d’un Gouvernement fort pour les jours qui allaient venir et il me proposa d’emblée de prendre un ministre de l’économie, en avançant pour ce poste le nom de BOUZIDI Conseiller à la Présidence et présenté par lui comme l’un des meilleurs défenseurs de ma politique. Ma réponse fut immédiate et négative, lui soulignant qu’il ne pouvait y avoir de meilleur défenseur de ma politique que moi-même. Et j’avais accompagné sur le champ mon refus de la remarque suivante : « si vous voulez changer de politique économique changez de Chef du Gouvernement ». « Qui vous parle de cela » me rétorqua-t-il ? Il ajouta alors que, dans l’exercice de ma fonction, je m’intéressais à des questions de détail et que je devais me détacher de ces questions, car, parlant toujours à la première personne du pluriel, on pensait à moi pour des responsabilités plus élevées, me disant explicitement : « vous devez nous rejoindre et nous pensons à vous pour une autre fonction plus élevée ». Il ajouta : « prenez un ministre de l’économie et, le cas échéant, faites-en un fusible ». Or, quand je prends des responsabilités je les assume pleinement. Il n’a jamais été dans mes habitudes de me décharger sur mes collaborateurs pour nier mes responsabilités. J’avais passé douze années comme Ministre dans les Gouvernements du Président BOUMEDIENE, personne ne peut citer même une seule fois où j’aurais cherché à charger mes collaborateurs de problèmes ou d’insuffisances m’incombant personnellement. Sous le régime de CHADLI BENDJEDID, j’avais été cité devant la Commission Centrale de Discipline du Comité Central du FLN et devant la Cour des Comptes. Dans les deux cas, j’avais revendiqué pleinement mes responsabilités et je n’avais jamais tenté d’accabler mes collaborateurs de fautes qui pouvaient m’être reprochées. Ce n’était pas en tant que Chef du Gouvernement responsable de la politique du pays que j’allais me servir d’un fusible pour fuir mes actes de dirigeant.

J’avais compris que les détails dont le Général NEZZAR me recommandait de me détacher concernait surtout le contrôle central, auprès du Chef du Gouvernement, des importations. A aucun moment, je n’avais donné mon accord pour la désignation d’un ministre de l’économie pour me raviser le lendemain. Cela est complètement inexact. Puis le Général me dit : « pourquoi ne pas organiser un séminaire sur les questions économiques ? » Là aussi, je lui répondis immédiatement : « D’accord, mais avec la diffusion des débats en direct à la télévision ». Il se contenta de me répliquer tout de suite : « Pourquoi pas ? » J’en avais conclu que nous étions d’accord sur ce point. Comme lors des rencontres nous réunissant à trois, Ali KAFI, Khaled NEZZAR et moi, le Président du HCE intervenait peu dans les conversations, se contentant de marquer son accord sur un point, d’émettre une opinion sur un autre etc… Il semblait vouloir montrer que son rôle devait être celui d’un arbitre, se plaçant quelque peu au-dessus des débats. Par contre, c’était à lui qu’incombait chaque fois la mission d’annoncer les décisions arrêtées, ainsi que cela se passa lors de l’annonce de ma désignation à la direction …/…

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…/… du Gouvernement et au moment où me fut notifiée ce que TOUATI appela pudiquement ma « fin de mission ».

Pour le reste du déroulement de notre rencontre à l’occasion du déjeuner offert par Ali KAFI, je n’ai rien à ajouter au récit que j’en fait dans mon livre. Je récuse, en particulier, ce que rapporte Khaled NEZZAR comme propos échangés entre nous aussi bien au cours du déjeuner pris chez Ali KAFI que lors de l’inexistante et fictive journée après celle du déjeuner. Il m’arrive parfois de me déclarer comme non économiste comme une boutade lancée à ceux qui se gargarisent de leurs prétendues connaissances dans ce domaine. Mais à aucun moment, je ne me suis déclaré ignorant des données essentielles de l’économie. Après ce déjeuner, nous avions convenu d’une courte période de vacances se limitant à quinze jours au bout desquels nous devions nous retrouver. Il n’y eut jamais de nouveau rendez-vous au même endroit le lendemain de cette rencontre le 20 juillet autour du déjeuner offert par Ali KAFI. Nous nous séparâmes dans une atmosphère de grande cordialité et n’avait pesé sur nos discussions aucune éventualité pressante de cessation de paiements. Du reste, il ne pouvait pas y avoir de rendez-vous le lendemain, puisque nous nous étions séparés pour prendre des vacances. Khaled NEZZAR semblait même indiquer qu’il allait partir dès le lendemain de notre rencontre. Une vérification auprès des services aéroportuaires pourrait même permettre de savoir quand il avait quitté l’Algérie. Pourquoi donc le Général NEZZAR se croit obligé, aujourd’hui, d’affirmer qu’il y ait eu une deuxième journée de travail après le déjeuner pris à trois le 20 juillet ?

Par contre, très peu de temps après ce 20 juillet, un des Généraux travaillant de manière très proche avec le Général NEZZAR, était venu me voir dans ma villa me disant : « Si Khaled, avant son départ (il y eut donc bien un départ) m’a chargé de vous voir pour rechercher avec vous un accord sur le litige qui vous a opposé ». « Quel litige nous a opposé ? » lui avais-je répliqué d’emblée ? « Certes, il y a quelques points sur lesquels, nos points de vue sont demeurés divergents, mais pour ma part, je ne leur donne pas le caractère d’un litige ». J’eus donc avec ce Général quelques séances de travail, pendant lesquelles nous avions surtout passé en revue les noms des nouveaux ministres à retenir pour le prochain remaniement du Gouvernement. Il avait soulevé, de nouveau, le problème concernant le Ministre à désigner pour l’économie, me suggérant de substituer un autre nom à celui de Abdelmadjid BOUZIDI. A lui, également, j’ai répété ce que j’avais dit au Général NEZZAR : « Vous voulez changer de politique économique, changez le Chef du Gouvernement ». Il me répéta la même réplique que Khaled NEZZAR : « qui vous parle de cela ? » Nous avions, aussi, parlé des avantages et des inconvénients pouvant résulter d’un éventuel accord avec le FMI. Nous avions évoqué également certaines questions relatives à la situation sécuritaire. Je demeure perplexe et, en même temps, peiné de relever, dans le récit publié récemment par le Général NEZZAR sous forme d’une mise au point, des assertions totalement inexactes. S’était-il produit, dans l’esprit de Khaled NEZZAR, une confusion entre les images et les souvenirs qu’il a gardés de notre rencontre chez le Président Ali KAFI le 20 juillet 1993 et les compte-rendus qu’a dû lui faire le collaborateur qu’il avait dépêché auprès de moi après son départ en vacances ? Je ne trouve aucune explication aux …/…

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…/… inexactitudes relevées dans le récit que fait Khaled NEZZAR de ce qu’il présente comme mon interpellation par le HCE au sujet de l’état de notre situation financière avec l’extérieur. Je m’étonne d’autant plus du caractère erroné de ce récit et de la marque d’urgence qu’il donne à cette interpellation supposée qu’il n’y avait aucune raison impérative de s’inquiéter, en cette décade du mois de juillet 1993, de l’état de nos moyens de paiement extérieurs. Pour ma part, je serais curieux de connaître, par des documents officiels engageant leurs auteurs, le montant réel des dépôts en devises appartenant à des privés en juillet 1993. Le seul empressement et pour tout dire, la seule pression dont je sentais l’intensité au cours des derniers mois de l’exercice de mon Gouvernement, est la hâte manifestée par certains milieux d’aller au FMI pour y immoler l’Algérie et en ramener l’argent du rééchelonnement pour les besoins de l’import-export.

Pour le reste, en particulier en ce qui concerne le fameux séminaire d’experts dont le Général NEZZAR fait l’alibi majeur pour couvrir la décision d’aller au rééchelonnement, je n’ai rien à ajouter à ce que j’ai écrit, à ce sujet dans mon livre, notamment à propos de ma participation à la réunion du HCE le 18 juillet 1993, de la rencontre à trois avec le Général NEZZAR et le Président Ali KAFI à la résidence de ce dernier et, enfin, en ce qui concerne les séances tenues avec l’un des collaborateurs du Général NEZZAR après le départ de ce dernier pour de courtes vacances.

8°/ Le Général NEZZAR rapporte que Monsieur Abdelwahab KERAMANE avait demandé audience au Président Ali KAFI, « pour nous dissuader d’aller au rééchelonnement de la dette » note le Général NEZZAR qui ajoute : « nous lui répondions que le séminaire prévu, à cet effet, avait toute compétence pour se prononcer ». Par de tels propos, Khaled NEZZAR ne peut mieux avouer que tout le scénario que l’on avait essayé de me faire endosser et dont on avait continué à dérouler les épisodes après mon limogeage, procédait d’une décision préétablie d’aller au rééchelonnement pour des motivations inavouables, que l’on avait couvertes par l’alibi du séminaire d’experts. Si réellement, il y avait péril en la demeure comme le soutient Khaled NEZZAR au sujet de nos moyens de paiement extérieurs, quelle meilleure occasion que celle de la visite du Gouverneur de la Banque d’Algérie pour s’informer de l’état de nos réserves, de la proportion revenant dans ces réserves à des «épargnants » privés, ainsi que de la situation des dettes arrivées à échéance et non honorées. Les termes mêmes employés par le Général NEZZAR pour évoquer la visite du Gouverneur de la Banque d’Algérie et l’accueil qui lui avait été réservé prouvent que les responsables, que Abdelwahab KERAMANE, dans sa bonne foi, croyait de son devoir d’éclairer sur la situation réelle de nos moyens de paiement extérieurs, ne voulaient entendre que ce qui allait dans le sens de leurs désirs cachés, c’est-à-dire leur volonté d’aller au rééchelonnement pour des motivations qui n’avaient aucun rapport avec notre capacité de faire face à nos engagements financiers avec l’extérieur. Prétendre être « inquiets de la situation que traversait notre économie » comme l’écrit Khaled NEZZAR et pratiquement rabrouer et congédier le Gouverneur de la Banque d’Algérie venu les éclairer sur cette situation, c’est reconnaître, on ne peut mieux ouvertement, que l’on est mus par des motivations autres que la recherche des moyens de …/…

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…/… rembourser notre dette. La manière même qu’emploie le Général NEZZAR pour relater comment le Gouverneur de la Banque d’Algérie avait été accueilli par lui et par le Président du HCE constitue un aveu explicite et suffisant que le recours au FMI avait été décidé ailleurs que là où il tente de le situer.

Cette partie de la « mise au point » du Général NEZZAR qui décidément n’en est pas une, mais plutôt un aveu par inadvertance, me donne l’heureuse occasion de rendre un hommage vibrant et appuyé à Abdelwahab KERAMANE qui assumait la charge de Gouverneur de la Banque d’Algérie en 1993. Je me réjouis d’autant plus de lui rendre cet hommage aujourd’hui qu’à l’époque il m’était arrivé parfois de douter qu’il s’était laissé quelque peu circonvenir par les partisans du rééchelonnement, qui prédominaient alors dans certains secteurs de nos services économiques et financiers. Au demeurant, à l’époque, j’avais fait part de mon doute à lui-même et à l’un de ses proches. Ancien Elève de l’Ecole Polytechnique et de l’Ecole Nationale des Mines de Paris, qui sont des institutions d’où est issue une large partie de la fine fleur de l’élite scientifique et technique française, Abdelwahab KERAMANE a fait preuve d’un courage émérite et exceptionnel ainsi que d’une force de conviction méritoire, malheureusement devenue rare chez beaucoup de nos cadres, en allant affronter ceux qu’il savait être les auteurs de mon limogeage et dont il connaissait la détermination d’aller au rééchelonnement pour les dissuader de recourir à ce rééchelonnement et les informer des données réelles de nos finances extérieures. Sa formation scientifique d’une solidité reconnue par tous et son honnêteté intellectuelle faisaient de lui, pour ceux auxquels il rendait visite, la meilleure source à saisir pour s’informer à la fois de l’état de nos moyens de paiement, des prétendues « dettes non honorées à échéance » ainsi que des « fameux procédés techniques que seuls les financiers connaissent » comme le dit Khaled NEZZAR.

En sa double position d’un homme pourvu de qualifications scientifiques très rares dans notre pays et de premier responsable de la Banque Centrale de l’Algérie possédant et exerçant le monopole de la détention et de la gestion de nos avoirs en devises corrélativement avec la fonction de l’organisme national chargé du suivi de l’évolution de notre dette extérieure et de l’échéancier des déboursements découlant de cette dette, Abdelwahab KERAMANE était sans doute parmi les hauts fonctionnaires de l’Etat, l’homme le plus compétent et le plus autorisé pour fournir au Président du HCE et au membre de ce HCE considéré comme le détenteur du pouvoir réel dans le pays, les chiffres et les données qui leur étaient nécessaires en vue d’être vraiment au fait de l’état exact de nos moyens de paiement extérieurs et de nos relations financières avec l’étranger. Les chiffres et les données émanant de Monsieur Abdelwahab KERAMANE étaient certainement d’une fiabilité plus crédible et plus sûre que celle relative aux chiffres et aux faits cités par le Conseiller de la Présidence, que les Généraux TOUATI et NEZZAR se plaisent à invoquer comme la source miraculeuse des vérités qui auraient été à l’origine de leurs prétendues préoccupations et de leurs angoisses supposées. Le Président Ali KAFI et le Général NEZZAR auraient pu éventuellement confronter les données communiquées par Monsieur …/…

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…/… Abdelwahab KERAMANE avec celles rapportées par le Conseiller de la Présidence et, le cas échéant, les faire confirmer ou contester par le parent du Général TOUATI travaillant comme Cadre de la Banque d’Algérie. A suivre les termes employés par Khaled NEZZAR dans sa mise au point, on est, pour le moins, quelque peu froissé de constater que le Gouverneur de la Banque d’Algérie fut écarté comme d’un revers de la main avec ses chiffres qu’il pouvait donner pour éclairer ceux qui, de par les responsabilités qu’ils assumaient, ne devaient négliger aucune source pour affiner leurs informations sur la situation du pays.

En ces circonstances où Monsieur Abdelwahab KERAMANE connaît une phase difficile et pénible dans le cours de sa vie, la nature des termes utilisés par le Général NEZZAR pour évoquer la manière dont l’ancien Gouverneur de la Banque d’Algérie avait été éconduit à la suite de l’audience qu’il avait sollicitée du HCE pour aviser les dirigeants de l’Etat de la position réelle de l’Algérie sur le plan de ses moyens de paiement extérieurs, traduit, pour le moins, un manque d’égard désinvolte ainsi qu’une malveillance injuste et quelque peu déplacée envers un homme qui a servi honnêtement et loyalement son pays.

Cet empressement du Général NEZZAR à montrer que lui et le HCE s’en remettaient uniquement au soi-disant séminaire d’experts, aréopage réuni selon toute probabilité pour les besoins de la cause, celle du rééchelonnement, pour décider de l’opportunité et du principe de ce rééchelonnement, me donne le droit de m’interroger si le retard apporté à la signature de l’accord convenu entre la SONATRACH et une société pétrolière américaine sur le gisement de Rhourde El Baguel, n’avait pas été le fait de ceux qui intriguaient en vue de faire apparaître le rééchelonnement comme la seule issue qui s’offrait, alors, à l’Algérie afin de surmonter ses difficultés en devises. Pour les partisans de la soumission aux conditionnalités du FMI, il fallait écarter et, éventuellement, saboter toute initiative susceptible de montrer que l’Algérie détenait des atouts sérieux et solides pour échapper à la férule du FMI.

9°/ Sur ce que dit le Général NEZZAR au sujet de ma formule sur « l’économie de guerre », je m’en tiens à ce que j’ai écrit dans mon livre en réponse à l’ouvrage du Général NEZZAR où il reprend ma formule en termes condescendants, lesquels termes, du reste, concordent assez bien avec l’idée qu’il donne lui-même de son aptitude à traiter des problèmes économiques. Dans sa mise au point, il reproduit « mutatis mutandis » la phrase qu’il a déjà employée dans l’ouvrage évoqué ci-dessus, sans consentir le moindre effort pour la renouvellement de l’expression de sa pensée.

Néanmoins, puisqu’il en vient à tourner en dérision mes idées sur la solution du problème de notre dette extérieure, pourquoi ne raconte-t-il pas son voyage en Arabie Séoudite, d’où il croyait revenir avec un chèque de milliards de dollars permettant à l’Algérie de se libérer de la contrainte de ses engagements financiers extérieurs ? Evidemment, il revint bredouille de sa visite en Terre sainte. Le Gouvernement Séoudien s’était contenté …/…

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…/… de demander à son fonds créé pour financer des projets de développement dans les pays arabes ou islamiques, de prendre en charge quelques investissements en Algérie. La connaissance qu’il revendique sur les questions de stratégie, jointe aux prouesses intellectuelles de celui dont il avait fait le « mokh » de l’ANP n’auraient-elles pas dû suffire à lui faire pressentir qu’il ne pouvait espérer un concours aussi « stratégique »de la part d’un pays qui accordait son parrainage et toute sa bénédiction au groupe politique auquel lui-même, le Général NEZZAR, déclarait livrer une guerre sans merci en Algérie. N’y avait-il pas là au moins une forme de naïveté qui, comme il l’écrit à mon sujet sur « l’économie de guerre », « couvrait beaucoup de bonne volonté et de sincérité, mais rien de plus », de la part d’un haut gradé de notre ANP, « brave homme au demeurant et patriote sans doute » ?

10°/ Une autre déformation à laquelle se livre le général NEZZAR dans sa mise au point : la manière dont il prétend rendre compte de ma proposition de proclamer l’état d’exception :

- je n’avais à aucun moment demandé aux membres du HCE de commettre un « parjure impardonnable » à leur serment « sur le Saint Coran » de ne servir que pendant la période qui restait à courir du mandat du Président « démissionnaire ». Il suffit de se reporter au texte du programme de mon Gouvernement et au texte de la conclusion formulée en épilogue à ce programme pour mesurer l’abus de langage que commet le Général NEZZAR dans la rédaction du passage de sa mise au point qu’il consacre à cette question de l’état d’exception. En effet, à aucun moment, je n’avais revendiqué pour moi « une carte blanche » ;

- Je lui rappelle simplement qu’au cours de la séance qui nous avait réunis de nouveau à trois : le Président Ali KAFI, lui-même et moi dans le bureau présidentiel au Palais du Golf pour me faire des observations d’avoir publié, sans avoir consulté au préalable le HCE, un communiqué donnant la réaction de mon Gouvernement à la révélation par la presse italienne et internationale de la commission versée pour la conclusion du contrat de vente du gaz naturel algérien à l’Italie, il m’avait suggéré de dire au Président Ali KAFI quelle idée il inclurait au sujet du Gouvernement dans l’allocution qu’il devait adresser au peuple algérien le 8 mai 1993 au soir, à l’occasion de l’anniversaire des massacres perpétrés dans le Constantinois le 8 mai 1945. J’avais répondu que je souhaiterais simplement que le Président annonçât qu’au terme de son mandat, le HCE ne manquerait pas de prévoir les dispositions à mettre en oeuvre afin d’assurer que la politique définie dans le programme de travail du Gouvernement et approuvée officiellement, serait poursuivie et sa continuité confirmée par delà l’expiration du mandat de ce HCE. C’est abuser volontairement de la foi du lecteur que de laisser soupçonner qu’à un moment quelconque de mes rapports avec le HCE, j’aurais songé à me faire délivrer une « carte blanche » pour gérer le pays.

Je saisis cette occasion pour rappeler que le Général NEZZAR semble avoir oublié ou vouloir oublier la séance de travail qui nous avait réunis à trois dans le bureau présidentiel le 3 mai 1993, dans l’énumération qu’il donne de ses rencontres avec moi.

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- Je lui rappelle, enfin, que le jour où il était venu dans la villa « Djenane El Mefti » pour m’annoncer les changements intervenus au niveau du Ministère de la Défense Nationale, il m’avait clairement déclaré qu’il se destinait à assumer la charge de la transition qui allait suivre l’expiration du mandat du HCE. Il est évident que, dans ce cas, il se serait agi seulement d’une autre mission, différente de l’éventuelle prolongation de la mission du HCE.

Mais, au fait, le Général NEZZAR continuerait-il encore à soutenir que ce qui s’était passé, réellement, en janvier 1994 n’était pas, du point de vue constitutionnel, l’état d’exception et en différait véritablement sur le plan des faits ?

11°/ Je laisse au lecteur et à tout observateur algérien le soin d’apprécier ce que dit le Général NEZZAR du rôle du HCE et ce que j’en dis moi-même dans mon livre. Je souligne simplement que je n’ai pas écrit que le Général TOUATI a été responsable du limogeage de mon Gouvernement. Au demeurant, il ne disposait d’aucun pouvoir à cet effet. Par contre, j’ai écrit et je continue à soutenir qu’il a intrigué en vue de parvenir à cet objectif. Je préfère n’émettre aucun commentaire sur ce que dit le Général NEZZAR des pensées qu’il m’attribue au sujet des choix découlant des options de notre Révolution, de ceux qui adhèrent ou n’adhèrent pas à ces choix. Je n’ai, dans aucun de mes écrits, prétendu être un « nationaliste pur et dur ». Ce ne sont que des propos dont m’affublent des gens qui, dans leur for intérieur, éprouve quelque remords chaque fois que retentit à leurs oreilles ou passe sous leurs yeux le terme nationalisme. Faut-il, pour ne pas irriter la sensibilité maladive de cette catégorie de gens et ne pas susciter leur malaise intérieur, taire soi-même ce qu’on a été afin de ne pas déclencher la litanie des gronderies du genre que l’on trouve dans la mise au point du Général NEZZAR ?

12°/ Le Général NEZZAR estime « présomptueux » de prétendre que le MTLD avait inspiré, préparé et déclenché notre Révolution. Je regrette de lire de tels propos dans un texte portant la signature d’un homme qui a exercé des responsabilités nationales du niveau de celles qu’avait exercé notre ancien Ministre de la Défense Nationale. Certes, ni MESSALI qui a été le créateur, le Leader incontesté et le Président du PPA – MTLD et, en réalité, le fondateur du nationalisme populaire et révolutionnaire algérien, ni la dernière direction du PPA – MTLD incarnée dans son Comité Central n’avaient été partie prenante dans la décision qui a déclenché l’action armée le premier novembre 1954. Mais, à part le Général NEZZAR, qui pourrait considérer comme « présomptueux » d’affirmer que :

- la déclaration même du premier novembre 1954 porte bien l’empreinte des idéaux et des choix du PPA – MTLD ;

- le drapeau qui est aujourd’hui l’emblème national de l’Algérie était la bannière même arborée par ce Parti depuis sa création ;

- tous les hommes qui étaient passés à l’action le 1er novembre 1954, sortaient des rangs du PPA – MTLD, y avaient effectué leur formation et y avaient puisé leurs idées directrices ;

- l’O.S. qui a été le creuset du premier novembre 1954 avait bien été créée par le PPA – MTLD ;

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- les faibles moyens réunis et mis en œuvre le 1er novembre 1954 proviennent des militants du PPA – MTLD ou bien des éléments récupérés sur les ressources de leur parti mises en réserve par ces militants en prévision justement du jour où ils devaient passer à l’action ;

- les neuf chefs historiques du FLN et de l’ALN étaient bien des militants du PPA – MTLD ;

- la majorité des chefs des Wilayas et en partie les premiers parmi eux durant la guerre de libération nationale avaient été des militants du PPA – MTLD ;

- la majorité écrasante des membres du CNRA, du CCE et du GPRA avaient été des militants du PPA – MTLD ;

- les dix Colonels qui avaient eu à régler en 1959 les problèmes posés au sein du FLN, de l’ALN et du GPRA avaient été des militants du PPA – MTLD ;

- les négociateurs qui avaient eu à conclure avec la France les Accords d’Evian ayant conduit à l’indépendance de l’Algérie, avaient été des militants du PPA – MTLD ; la qualité de négociateur dans une négociation de cette importance, étant attachée, évidemment, à ceux qui détiennent le pouvoir ou prennent le courage de dire oui, quand il s’agit de céder quelque chose au partenaire-adversaire ;

- BOUMEDIENE, l’architecte fondateur de notre ANP que le Général NEZZAR a eu l’honneur de commander, se définissait d’abord comme étant du PPA – MTLD.

En fin de compte, tout le monde sait que le triomphe de notre Révolution et la libération nationale avait été l’œuvre de tous les patriotes algériens et le résultat des sacrifices consentis par tous les Algériens, hommes et femmes et cela, en application des principes et des conceptions politiques avancés et défendus par le PPA – MTLD, principes et conceptions que l’on n’a pas cessé de suivre à travers les actes et les pensées qui avaient toujours inspiré et guidé nos moudjahidines, nos moussabilines et nos militants.

Pour ma part, de ma participation au PPA – MTLD et à son Comité Central :

- je garde la fierté d’avoir été le camarade de parti de tous ceux qui sont devenus des héros, des martyrs et des dirigeants incontestés du pays, alors qu’auparavant, c’est-à-dire avant la Révolution, ceux qui prétendent me faire la leçon aujourd’hui ne les auraient même pas salué dans la rue ;

- je garde la fierté d’avoir été collègue de Mostefa BENBOULAID, de Idir AISSAT et de bien d’autres militants exemplaires aujourd’hui disparus ;

- je suis heureux aussi d’avoir été l’un des membres du IIème Congrès National du PPA – MTLD tenu en avril 1953 qui avait voté la reconstitution de l’O.S. comme je suis heureux d’avoir été de ceux qui avaient voté le mois de juillet suivant la décision du Comité Central visant à mettre en œuvre cette reconstitution ;

- je me réjouis d’avoir été partie prenante à certains débats qui avaient précédé le déclenchement du 1er novembre 1954 et d’avoir rédigé personnellement ou contribué à rédiger quelques uns des textes qui s’étaient situés dans ce débat.

Aussi, est-ce avec beaucoup de sérénité que j’accueille ces passages de sa mise au point à travers lesquels le Général NEZZAR croit pouvoir dévaloriser ma qualité de …/…

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…/… militant et réussir à me présenter comme un élément visant à dévaluer le passé et le rôle de ceux qui ont participé à « la lutte, militaire ou politique, pour l’indépendance du pays ».

13°/ De la procédure de prise des décisions au sein du HCE

Le Général NEZZAR écrit que les décisions du HCE étaient élaborées, discutées et prises collectivement entre ses membres. Je ne conteste pas cette manière de présenter les choses. Cependant, je crois avoir suffisamment d’expérience pour apprécier comment se passent les choses dans la réalité. Les décisions réelles sont prises là où se trouve le vrai pouvoir ; – on convient de l’essentiel entre ceux qui détiennent chaque parcelle de ce pouvoir. Puis on se présente au sein de l’organisme censé constituer l’autorité devant édicter officiellement, c’est-à-dire aux yeux de tous, la décision à prendre. Celle-ci est présentée comme une proposition au sujet de laquelle s’ouvre une discussion, chacun sachant cependant que le résultat est acquis d’avance, surtout s’il s’agit de questions présentant un caractère fondamental. Finalement, la discussion se clôt avec l’adoption par consensus de la décision attendue, parfois après l’avoir assortie de quelques modifications qui n’en altèrent pas le fond. Au HCE, les choses ne se passaient pas autrement. Et les choses se passent ainsi dans tous les pays du monde, y compris ceux qui prétendent s’en remettre intégralement aux règles de la démocratie.

14°/ Je n’ai à aucun moment oublié la position que fut celle de Mohamed BOUDIAF comme Premier Président du HCE et, Dieu merci, on ne pourra pas me compter parmi ceux qui auraient gêné son action salvatrice au service du pays pour lequel il a tant donné, y compris sa vie. De la même manière que je m’honore de l’amitié qui me lie au frère Ali KAFI bien avant l’avènement du HCE, ce qui n’exclut pas que de la Présidence de ce dernier où Ali KAFI n’était pas seul, bien des menées hostiles avaient été initiées à l’encontre de mon Gouvernement.

15°/ Pour ce qui est du rééchelonnement, je n’éprouve nul besoin à ajouter quoi que ce soit à ce que j’ai écrit dans mon livre quant au fond relatif à cette question. Je me contente seulement de noter certaines remarques :

- Puisque le Général NEZZAR estime ce rééchelonnement utile et si bénéfique pour l’Algérie, pourquoi a-t-il décidé ou laissé décider de changer le Gouvernement en juillet 1992, puisqu’il savait qu’à ce moment-là le texte d’un accord avait été mis au point avec le FMI pour le rééchelonnement de la dette extérieure de l’Algérie ? Sur la question cruciale de la dévaluation du dinar, un léger écart subsistait entre la position défendue par le Gouvernement précédant le mien et les représentants du FMI. Le Général NEZZAR aurait fait gagner près de deux années à la solution miracle qui, à suivre les termes de sa mie au point, a évité « l’effondrement total du pays » en se tournant «vers les organismes financiers étrangers (FMI et Banque Mondiale)».

- D’autre part, le Général NEZZAR qui est censé avoir fréquenté les écoles d’Etat-Major au cours de sa carrière militaire, connaît parfaitement ce qu’on appelle une « feuille de route ». Pourquoi ne m’avait-t-il pas remis une feuille de route lors de la formation de mon Gouvernement pour m’indiquer quelle …/…

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…/… était ma mission et ce que je devais accomplir ? Ne l’ayant pas fait, pourquoi avait-t-il approuvé et laissé approuver par tout le HCE le programme de travail que j’avais présenté pour mon Gouvernement ? Finalement, « ma feuille de route »n’avait été rien d’autre que le programme de mon Gouvernement que j’avais présenté et qui avait eu l’aval du HCE où siégeait Khaled NEZZAR. Avant de demander pourquoi je n’avais pas démissionné, celui-ci devrait d’abord répondre à ces questions publiquement ou dans le secret de sa conscience.

Tout au long de ma présence à la tête du Gouvernement et chaque fois que l’occasion m’en avait été donnée, je n’avais cessé d’informer les membres du HCE, le Président Ali KAFI et le Général NEZZAR en particulier, des efforts que je déployais en vue de réunir les concours nécessaires pour surmonter nos difficultés financières en devises. Je soulignais toujours que nous opérions dans un domaine, celui du monde financier international où les choses avancent lentement, surtout qu’il s’agissait, pour les responsables de ce monde, de traiter avec un pays qui, pendant une décennie, avait dilapidé ses ressources et qui, de surcroît, se trouvait aux prises avec une grave subversion interne. A la conférence de presse que j’avais tenue au lendemain de mon installation au Palais du Gouvernement, j’avais indiqué que je ne disposais pas d’une baguette magique en vue d’effacer, en un tourne main, tous les dégâts résultant de la décennie noire marquée par tant de dommages infligés à notre économie. Personne ne dit aujourd’hui et tous nos censeurs semblent avoir oublié que l’Algérie avait été privée à la fin de la décennie 1980, d’un manque à gagner s’élevant à plus de trente milliards de dollars US à la suite de l’annulation du contrat de vente de gaz naturel avec les USA, dit contrat « EL PASO » et de l’abandon d’un contrat identique conclu avec la République Fédérale Allemande. De plus, du fait de la perte de ces deux contrats, il manquait chaque année à l’Algérie, à la fin de la décennie 1980 et au début de la décennie suivante et malgré le niveau bas auquel était descendu le prix du baril de pétrole à cette époque-là, près de deux milliards de dollars US dans ses recettes en devises en contrepartie de la vente de ses hydrocarbures. Ces deux milliards de dollars représentent presque exactement le montant supplémentaire dont l’Algérie avait besoin annuellement pour couvrir ses engagements financiers extérieurs au moment où on l’avait poussée vers les fourches caudines du FMI par le recours au rééchelonnement. De cela mes contempteurs d’aujourd’hui ne parlent pas et n’en parlent jamais. BOUMEDIENE, n’en plaise au Général NEZZAR, avait légué à ses successeurs de quoi rembourser les dettes contractées sous son régime et de quoi éponger toutes les dettes accumulées par ceux qui avaient pris sa suite et se mettaient à le dénigrer tout en détruisant son œuvre.

16°/ Sur le projet de code des investissements, je laisse le lecteur apprécier les arguments que le Général NEZZAR développe en faveur du rejet de la clause que j’avais intégrée à ce projet pour le contrôle de l’origine des capitaux. Ce sont les arguments présentés par tous ceux qui plaident en faveur du blanchiment des capitaux d’origines frauduleuses diverses. Lui qui a donné des ordres à nos forces de sécurité : armée, gendarmerie, police, d’affronter par les armes les commandos terroristes dans nos villes et dans nos campagnes pour défendre l’autorité de l’Etat et restaurer sa crédibilité, comment pourrait-il justifier, aux yeux de ceux qui allaient tomber des deux côtés dans ce combat, car il s’agissait …/…

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…/… d’une lutte entre Algériens, que l’Etat se contenterait d’aviser ceux qui l’avaient volé et ceux qui avaient pillé les ressources de leur peuple, que tout leur serait pardonné s’ils consentaient à ramener, pour les investir en Algérie, les capitaux qu’ils avaient mis à l’abri en Suisse, au Luxembourg et aux Bahamas ?

Pour ma part, quand mon projet de code des investissements était prêt, je l’avais envoyé au HCE. Au cours de la séance de ce dernier à laquelle j’avais été invité à participer le 18 juillet 1993, j’avais indiqué qu’il appartenait au HCE, dans sa décision définitive, d’approuver ou d’éliminer la clause concernant le contrôle de l’origine des capitaux à investir sous le couvert du code que j’avais fait élaborer par mon Gouvernement. Le HCE avait préféré attendre mon départ pour approuver et publier ce code, évidemment expurgé de la disposition relative au contrôle de l’origine des capitaux.

Puisque le Général NEZZAR aborde le problème de la corruption à propos du Code des Investissements, peut-il se souvenir du jour, où participant à une séance du HCE à laquelle j’avais été convié, j’avais annoncé que je ne mettrais pas en application le prêt de 5 à 7 milliards de dollars US conclu avec l’Italie sous la houlette de son Président du Conseil ANDREOTTI flanqué de l’intermédiaire libyen, aujourd’hui disparu, mais bien connu chez nous et ailleurs par la commission de trente millions de dollars qui lui avait été octroyée pour la vente de gaz naturel algérien à l’Italie ? J’avais été informé qu’avant ma nomination à la tête du Gouvernement, le Cabinet de mon prédecesseur était harcelé chaque matin pour mettre en œuvre cet accord qui impliquait SONATRACH à la fois comme garant du remboursement de ce prêt et comme l’un des utilisateurs du financement qu’il apportait. Convoqué, à cet effet, le Président Directeur Général alors en fonction à la tête de la SONATRACH, Abdelhak BOUHAFS, avait indiqué qu’il démissionnerait de son poste si on l’obligeait à appliquer cet accord et le Ministre de l’Energie Nordine AIT LAOUSSINE qui se trouvait avec lui, avait ajouté que, dans un tel cas, lui aussi démissionnerait de ses fonctions. Peut-on m’assurer que la non application de cet accord que j’avais décidée et que j’avais notifiée au Gouvernement Italien n’avait été pour rien dans le processus d’allégations enclenché pour persuader nos responsables, notamment au niveau de l’ANP, que mon Gouvernement n’avait rien apporté au pays, que le recours au rééchelonnement allait devenir inéluctable et que pour y parvenir il était nécessaire de se débarrasser de moi et de mon Gouvernement ?

17°/ Pourquoi avais-je accepté une mission des « incapables » qui me l’avaient confiée et n’avais-je pas démissionné « au constat de l’incapacité, de la désinvolture et de l’insignifiance » de ces « incapables ? » Tout simplement, en parlant avec le Général NEZZAR je croyais avoir affaire à l’ANP et que l’intervention de cette ANP me paraissait indispensable pour délivrer le pays de la crise où il était plongé. Le jour de notre rencontre à trois à Dar El Afia et au moment où nous allions nous séparer après mon acceptation de prendre la direction du Gouvernement, le Général NEZZAR ne se souvient-il vraiment pas m’avoir dit alors : « beaucoup d’officiers seront contents ce soir ! » (sous-entendu : « quand ils apprendront que vous avez accepté d’assumer la direction du Gouvernement ») ?

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18°/ Pourquoi avoir accepté d’être investi par des « usurpateurs » issus du « pouvoir issu des évènements de janvier 1992 » ? Tout simplement, parce que je considérais le coup d’Etat ayant produit ce pouvoir comme salutaire et inévitable après les choix malheureux effectués fin 1988 et au dernier trimestre 1991, choix qui avaient conduit aux résultats désastreux du scrutin législatif de fin décembre 1991. A ce propos, je voudrais rappeler à la mémoire du Général NEZZAR deux faits auxquels il avait participé pleinement, s’il ne les avait pas assumés lui-même à titre principal.

- fin 1988, à la tenue du VI ème Congrès du FLN, auquel avaient participé les cadres de l’ANP dans le système du parti unique, les militaires n’avaient-ils pas nettement contribué à faire pencher la balance en faveur de la candidature de Chadli BENDJEDID pour lui permettre d’obtenir un troisième mandat comme Président de la République, alors que la majorité des militants FLN étaient venus avec la volonté de l’en empêcher ? Cette décision de reconduire Chadli BENDJEDID à la Présidence avait poussé un grand nombre de militants du FLN et de larges secteurs de son électorat à se rallier au FIS, devenu pour eux le seul moyen de se débarrasser d’un Président au comble de l’impopularité et portant la responsabilité de tous les maux dont souffrait le peuple algérien. Pourquoi le Général NEZZAR n’avait-t-il pas suivi ou, à tout le moins, défendu l’exemple de l’un de ses pairs militaires qui, comme membre du bureau politique du FLN, avait recommandé à tous ses collègues de quitter la direction politique du pays et au Président de ne pas solliciter un troisième mandat, en conséquence des événements d’octobre 1988 qu’il avait estimés être le signe de l’échec commun de tous les dirigeants se trouvant à la tête de l’Algérie depuis 1979 ?

- Quelques jours avant la tenue du scrutin du 26 décembre 1991 et au cours d’un Conseil des Ministres auquel participait le Général NEZZAR, le Président Chadli BENDJEDID avait nettement affirmé que dans le cas où il n’était pas sûr pour le pouvoir en place de gagner les élections qui n’avaient alors qu’un caractère anticipé, il fallait le lui dire, parce qu’il était encore temps de les reporter. Il lui avait été répondu que ces élections allaient être gagnées démocratiquement et qu’il était inutile de heurter l’opinion internationale par une décision de report du scrutin qui apparaîtrait comme une mesure contraire à la démocratie. La conséquence de cette réponse fut que le scrutin du 26 décembre 1991 avait donné au FIS une légitimation populaire inespérée qui avait rendu nécessaires les opérations de janvier 1992 : départ du Président de la République, arrêt du processus électoral, création du HCE, avec tous les évènements qui les avaient suivis. Le comité de réflexion stratégique, mis en place par le Général NEZZAR au Ministère de la Défense Nationale sous la houlette du Général TOUATI, n’avait pas eu la clairvoyance de prévoir que le Président de la République était en mesure, en vertu d’un article de la Constitution, de prendre les pleins pouvoirs et de reporter les élections « sine die ». Cela n’aurait pas dissuadé les intégristes du FIS de déclencher leurs opérations terroristes, mais, du moins, ne les auraient-ils pas menées en se prévalant d’un mandat électif obtenu du peuple dans le cadre d’institutions gérées par le régime auquel ils s’opposaient. Tout se passe comme si les stratèges guidés par le Général TOUATI avaient agi de manière à donner au FIS l’arme absolue de la démocratie en vue de …/…

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…/… combattre l’Etat. Ainsi, du fait de l’impéritie du Général TOUATI et de son groupe de réflexion, les stratèges du FIS avaient eu, eux, l’intelligence de prévoir, par leur participation aux élections, le moyen de mettre le vote populaire de leur côté en vue de se doter, devant l’opinion interne et internationale, d’une légitimation démocratique avant de déclencher leur furie meurtrière et destructrice, tandis que le Président BENDJEDID dont le régime avait conduit l’Algérie au désastre, avait réussi à s’esquiver et à sortir par la grande porte en excipant du respect de son serment constitutionnel. Quand on porte la responsabilité de telles preuves d’incompétence, aussi flagrantes, on doit se résoudre à comprendre, comme le dit si bien le Général NEZZAR, que « le silence est d’or ».

19°/ Avant de finir, quelques faits à rappeler au souvenir du Général NEZZAR

- Le 7 septembre 1992, le HCE avait discuté du problème du dialogue pour appeler les gens et les partis à se rassembler autour d’un programme dans l’idée de les mobiliser aux côtés du HCE contre le FIS « pour éviter au pays de sombrer dans les ténèbres d’une théocratie des âges révolus et préserver vaille que vaille les institutions du pays », pour reprendre les termes mêmes du Général NEZZAR dans sa mise au point. J’avais suggéré, alors, dans le cas où le programme de mon Gouvernement ne paraîtrait pas suffisant en vue de tirer le pays de la crise, de rechercher un accord avec le FIS. Pourquoi avoir attendu l’arrivée de Liamine ZEROUAL et la fin de la mission du HCE pour le faire ?

- Le jour où il avait été mis fin à ma mission comme Chef du Gouvernement, pourquoi le HCE n’avait-il pas expliqué à l’opinion nationale les raisons de mon limogeage ? Pourquoi le Général NEZZAR avait-il attendu treize ans pour le faire ? S’agissant d’un limogeage, il revenait aux membres du HCE de fournir les raisons de leur décision.

- Pourquoi avaient-ils fait annuler les billets d’avion que j’avais pris en vue de me rendre en France pour des raisons familiales et mettre à ma disposition l’avion présidentiel pour effectuer mon voyage ?

20°/ Les raisons pour lesquelles j’ai attendu « courageusement » treize ans pour « éclairer » l’opinion publique ?

- D’abord, je travaille seul, car je n’ai pas d’ « assistants » pour m’aider.

- Pendant ces treize ans, j’ai eu à régler beaucoup de problèmes familiaux, notamment de santé.

- Je ne voulais pas, compte tenu des circonstances difficiles prévalant dans le pays au moment de mon limogeage, créer par mes interventions publiques de nouvelles difficultés s’ajoutant à celles qu’affrontaient les responsables du pays.

- Avant mon limogeage et en prévision de ce limogeage dont divers signes le laissaient pressentir clairement, j’avais, par un document écrit et dans une intervention largement diffusée par les médias nationaux, fait connaître à tous les objectifs de ma politique. En même temps j’avais exposé et dénoncé à l’avance la politique alternative que l’on se proposait de lui substituer.

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- Je n’avais pas voulu, suivant une habitude ancienne, répondre aux rumeurs et aux contre-vérités que l’on faisait courir sur mon compte. Les choses avaient changé pour moi le 27 septembre 2001, quand le Général TOUATI en qui tout le monde voyait le porte parole de l’ANP, avait affirmé que mon Gouvernement avait été renvoyé en raison de l’échec de ma politique économique. Il m’avait paru, alors, d’une impérieuse nécessité de répliquer à mes détracteurs, de donner à l’opinion la motivation réelle de la mesure prise à mon encontre : le choix d’aller au FMI sous prétexte que l’Algérie y était acculée sous l’effet des charges de sa dette extérieure. Cette réplique s’imposait d’autant plus impérativement que l’on avait exposé à notre opinion publique et notamment aux membres de l’ANP que j’avais laissé le pays au bord de la banqueroute dans ses relations financières extérieures. Ce qui est complètement faux. Le manque de courage se situe du côté de ceux qui utilisent des contrevérités et des données fausses en vue de tromper ceux qui se fient à leurs explications.

21°/ En matière d’utilisation « des médias internationaux » pour « lancer » « des affirmations nuisibles à l’image du pays », je me rassure en me trouvant en bonne compagnie, celle du Général NEZZAR. Celui-ci n’a-t-il pas, depuis qu’il a quitté ses responsabilités officielles, défrayé la chronique politique en Algérie par la publication de ses écrits disant un jour une chose et le lendemain son contraire ? Tout le monde sait que ce qui se publie, même à Alger, est immédiatement repris par les chancelleries et les médias internationaux, notamment l’Internet qui reprend quotidiennement les articles de notre presse. Le Général NEZZAR n’a-t-il pas pris la malencontreuse initiative d’aller plaider devant une Juridiction étrangère, le Tribunal de Paris en l’occurrence, la politique du pouvoir dont il avait assumé la charge, entraînant avec lui un ancien Chef du Gouvernement et un ancien membre du HCE ?

22°/ A la fin de mon livre, je conclus que je ne regrette pas d’avoir accepté en Juillet 1992 d’assumer la direction de notre Gouvernement. Cependant, à la même époque et plus tard, notamment après ce que Monsieur TOUATI appelle la fin de ma mission, bien des gens m’avaient souvent reproché d’avoir pris en charge cette mission, me disant : « on ne comprend pas comment un ancien militant comme toi a accepté de se fourvoyer avec quelqu’un tel que Khaled NEZZAR ? » Les multiples philippiques par lesquelles ce dernier tente de m’atteindre aujourd’hui m’amènent parfois à penser que ceux qui m’avaient reproché de m’être impliqué dans ce compagnonnage n’avaient peut être pas tort. Malgré tout, je demeure sur la position que j’exprime à la fin de mon livre, car par delà la compagnie des hommes, il y a le service du pays. Je ne peux regretter les services que j’ai pu rendre à l’Algérie à la tête du Gouvernement, aussi faibles soient-ils et quels que soient les défauts dont s’acharnent à les accabler certains de mes dénigreurs actuels. Ce n’est pas par une malicieuse tactique que je me suis abstenu, dans mon livre, d’émettre des critiques à l’encontre du Général NEZZAR et du Président Ali KAFI. C’est tout simplement parce que tout au long des mois où nous avions travaillé ensemble, nos rapports étaient demeurés empreints toujours de respect et parfois d’amitié. Mon livre était essentiellement destiné à réfuter la thèse de l’échec de mon Gouvernement que, par ses propos perçus par beaucoup comme reflétant le point de vue de l’ANP, le Général TOUATI a tenté et tente d’incruster dans l’esprit de ceux qui lisent ses écrits ou lui prêtent l’oreille. J’ai voulu, aussi, remettre à sa place de calomniateur indécent celui qui m’a traité d’individu borné, de responsable incompétent et de malade …/…

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…/… mental. Je déplore que le Général NEZZAR se croit obligé de se solidariser avec un tel personnage.

Quel enseignement tirer des réactions des Généraux NEZZAR et TOUATI à la suite de la parution de mon livre ? Pour ma part, j’y vois simplement les signes d’un désarroi. En effet, les palinodies du Général NEZZAR à propos de ses rencontres avec moi, s’ajoutant aux contorsions auxquelles lui-même et son collègue et ancien assistant TOUATI se livrent sur les chiffres relatifs au montant de nos réserves de change au moment du renvoi de mon Gouvernement, participent d’un même scénario. Ce scénario ne se limite pas uniquement à Khaled NEZZAR et à Mohamed TOUATI. Il englobe également tous ceux qui avaient voulu et concocté le rééchelonnement, ceux qui l’auraient défendu et justifié au moment où ils se rendent compte que les Algériens commencent à connaître les véritables auteurs de leurs malheurs, grâce aux chiffres cités et aux faits relatés dans mon livre. Les différents protagonistes impliqués dans ce scénario se sentent d’autant plus désemparés que la prise de conscience des Algériens concernant les méfaits de ces protagonistes coïncide avec la réaction qui se dessine, sur le plan mondial, contre le FMI qui se trouve ainsi sur la pente de son déclin. Ces personnes en désarroi iront-elles jusqu’à trafiquer les chiffres de la Banque d’Algérie ? Tout est possible de la part de ceux que taraude le sentiment de la culpabilité. On ne peut s’empêcher de s’interroger à ce sujet, quand on constate la multiplicité des scandales financiers qui encombrent actuellement la chronique de notre pays.

Notre ancien Ministre de la Défense Nationale se croit obligé de rappeler, pour finir, que le silence est d’or. Dommage qu’il n’y ait pas pensé plus tôt pour lui, pour l’homme au « mokh » d’or dont il s’est entouré et pour bien d’autres, notamment ceux qui, pendant des années, ont répandu bien des contrevérités sur mon compte et sur celui de mon Gouvernement. Pendant des années, on n’a pas cessé de me vilipender et j’ai gardé un silence d’or. Il ne faut pas que ce silence soit compris, du moins par certains et les gens de bonne foi mais mal informés, comme un aveu de culpabilité. Il arrive un moment où la vérité doit se manifester et se faire prévaloir.

En fin de compte, je ne vois pas de meilleure idée à placer en épilogue à ce texte en forme de réplique à la « mise au point » du Général NEZZAR, que la réponse que j’avais donnée au regretté Abdelhak BENHAMOUDA lorsqu’il était venu, dans ma résidence d’où je n’avais pas encore déménagé, s’enquérir des motivations de mon limogeage ; je lui avais simplement déclaré : « ils se sont trompés sur mon compte et je me suis trompé sur le leur ! » Je me réjouis que la publication de ce texte me donne l’occasion de lui annexer une copie de l’hebdomadaire national de l’UGTA intitulé : « Révolution et Travail » daté du 1er novembre 1993. On peut y lire un article sur le rééchelonnement et un autre sur les conditions de mon limogeage. J’y joins également la copie d’un reportage du quotidien « Alger Républicain » daté du 14 novembre 1993 et rendant compte des débats d’une assemblée générale des cadres syndicaux d’Oran.

Alger, le 15 août 2007

Bélaïd ABDESSELAM

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